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Abeilles mayennaises
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Site Internet de l’association Abeilles mayennaises destiné à promouvoir et soutenir l’apiculture familiale et de loisirs

Comprendre les mortalités hivernales
Article mis en ligne le 19 septembre 2016
dernière modification le 30 avril 2018

Il arrive que des colonies, qui redémarrent sans difficultés en février, s’écroulent à la fin du mois de mars ou en avril.

Ainsi, au début du mois de mars, l’activité est très soutenue sur la planche d’envol et de nombreuses pelottes de pollen sont amassées dans la ruche. C’est l’époque où les chatons des saules marsault attirent les abeilles qui viennent y récolter nectar et pollen.

Puis, au fur et à mesure que le temps passe, l’activité sur la planche d’envol semble se réduire et, quand les températures permettent la première visite de printemps, il faut se rendre à l’évidence : la population d’abeilles est en fort déclin, voire a pratiquement disparu alors que les provisions en miel sont encore très importantes...

On peut même observer, dans certain cas, une reine en ponte entourée d’une poignée d’abeilles trop faible pour s’occuper du couvain.

En effet, depuis 15 à 20 ans, l’arrivée du varroa en 1989-1990, en Mayenne, le changement des pratiques agricoles, le recours à des produits phytosanitaires nocifs pour les colonies, les modifications climatiques, sans oublier la présence du frelon asiatique depuis 2010, ont rendu la conduite des ruchers plus complexe.

Même si jusqu’à la fin des années 1990, la survie des colonies ne posait pas de difficultés particulières, malgré la présence de varroa, il en est autrement aujourd’hui et l’apiculteur doit agir pour réduire les pathologies qui affectent les ruchers, comme le révèlent les enquêtes réalisées en début d’année 2016.

Que s’est-il passé dans la ruche, tel était le thème de la journée de sensibilisation proposée le samedi 17 septembre 2016 et intitulée Comprendre les mortalités hivernales ?

Cette journée, animée par le Dr Therville-Tondreau, vétérinaire diplômé en apiculture et pathologie apicole (ONIRIS Nantes), était décomposée en 2 parties :
- matinée (théorie) :

    • présentation du résultat de l’enquête sur l’état des colonies à la sortie de l’hiver 2015/2016 ;
    • dispositif officiel de surveillance et de suivi des mortalités des abeilles ;
    • mortalité hivernale 2015/2016 : constats et questions ;
    • présentation du cycle biologique de varroa et varroose ;
    • DWV ou virus des ailes déformées ;
    • la loque américaine ;
    • rappel sur le dispositif de déclaration des ruchers ;
      - après-midi : examen pratique de 5 colonies (rucher du Potier)

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Présentation des résultats de l’enquête sur l’état des colonies à la sortie de l’hiver 2015/2016 par Jean-Marc Desnoë.

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Présentation du dispositif officiel de surveillance et de suivi des mortalités des abeilles par Anne-Laure Lefebvre, chef du service Santé et protection des animaux, direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP)).

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Mortalité hivernale 2015/2016 : constats et questions ;

Les contrôles effectués à la demande de l’association Abeilles mayennaises, entre le 8 et le 13 avril, concernent 5 visites représentant 52 colonies, mortes ou en dépopulation, situées à Entrammes, Mayenne et St Loup du Gast.

- constats :

    • ruches vides, bourdonneuses, mourantes ou faibles ;
    • âge des reines indéterminé ;
    • un seul cas de famine ;

- conclusion des visites :

    • gestion du varroa :
      • traitement tardif ;
      • pas ou peu de comptages des infestations résiduelles ;
    • force des colonies à la mise en hivernage :
      • nourrissement automnal ;
      • candi hivernal ;
    • nombreux symptômes en accord avec varroose dans majorité des colonies ;
      • anomalies de développement des nymphes ;
      • virus des ailes déformées (DWV) ;
      • présence de varroas sur plateaux voire phorétiques ;
    • 3 cas confirmés de loque américaine.

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Rappel du cycle biologique et impact du varroa [1].

[bleu]1 rappel du cycle biologique[/bleu]

Les premiers œufs sont pondus dans les cellules, généralement haploïde (mâle), 70h environ après leur operculation ; puis les autres, diploïdes (femelles) tous les 30h :
- 5 œufs dans le couvain d’ouvrières ;
- 6 à 7 dans le couvain mâle.

Le développement (ontogénèse : délai pour atteindre l’âge adulte) est de :
- 154h (6,5 j) pour le mâle ;
- 134h ± 3h (5,5 j) pour la femelle.

Compte-tenu de la durée de la nymphose (transformation de la larve en insecte) chez l’abeille, le varroa a la possibilité de se multiplier rapidement :
- 7,5 j pour la reine ;
- 12 jours pour l’ouvrière ;
- 14,5 j pour le mâle.

La survie de la colonie devient problématique lorsque le niveau d’infestation, en fin de saison, atteint le seuil critique de 1000 à 3000 acariens.

Par ailleurs, un cadre de corps, type Dadant (10,66 dm2), contient environ, pour chacune de ses faces :
- 8300 alvéoles (780/dm2 pour les ouvrières) ;
- 5800 alvéoles (550/dm2 pour les mâles).

Ainsi, si toutes alvéoles contenaient 3 varroas, ce qui n’est pas rare pour les cellules mâles, le seuil critique serait atteint pour une surface de couvain comprise :
- entre 1,3 et 4 dm2 pour le couvain d’ouvrières (soit 40% de la surface d’un cadre simple face) ;
- entre 2 et 5, 5 dm2 pour le couvain de mâles (soit un demi-cadre simple face).

Pour mémoire, les colonies les plus fortes présentent souvent les surfaces de couvain les plus importantes donc, en conséquence, une possibilité d’infestation plus élevée...
Ainsi, il n’est pas rare de voir les belles colonies s’effondrer en quelques semaines, en fin d’été !

Par contre, les colonies qui ont essaimé au printemps subissent, en général, une infestation moins élevée, en raison de la rupture de ponte liée au remplacement de la reine.

Ainsi, pendant 4 semaines au moins (délai de fécondation de la jeune reine, augmenté du temps de mise en ponte et du début de l’operculation), la femelle varroa ne dispose pas de cellules operculées pour y déposer ses œufs.

Cet état ne concerne que la colonie mère et non l’essaim qu’elle a produit.

En effet, les varroas (phorétiques) sont transportés par les abeilles adultes et lorsque l’essaim s’installe, la reine commence à pondre immédiatement. Les varroas se mettent alors en position de pénétrer dans les cellules de couvain, dès leur operculation...

[bleu]2 impact du varroa[/bleu]

Le varroa se nourrit de l’hémolymphe (sang) de l’abeille. Cette situation, par le prélèvement régulier de protéines, entraine :
- une perte de poids des abeilles parasitées ;
- des déformations morphologiques externes (ailes atrophiées, abdomen raccourci, abdomen lisse et noir, ...) ;
- une réduction de la durée de vie ;
- une réduction de la taille des glandes hypopharyngiennes (gelée royale) ;
- une altération des fonctions cérébrales de l’abeille (absence de retour à la ruche) ;
- une modification comportementale (supersédure) ;
- une baisse de la protection immunitaire (prolifération du virus des ailes déformées DWV (Deformed Wing Virus) champignons, bactéries), etc...

Au niveau de la colonie :
- lorsque le niveau d’infestation est faible : aucun symptôme n’est visible ;
- quand l’infestation est modérée : la croissance de la population d’abeilles peut être affectée, ainsi que le niveau de production en miel ;
- lorsqu’elle est élevée, elle peut entrainer des dommages irréversibles pour la colonie, notamment en fin d’été et à l’automne, lorsque la population d’acariens est à son maximum.

Ainsi, si de nombreuses abeilles sont parasitées, elles ne peuvent participer à la vie de la colonie de façon optimale. Les colonies deviennent plus sensibles aux surinfections (teignes, loques, ...) et la mort peut apparaitre le plus souvent durant la période hivernale.

[bleu]3 suivi des mortalités naturelles du varroa[/bleu]

Mesurer l’infestation au sein d’une colonie permet de prédire son avenir :
- va-t-elle survivre ou, au contraire, s’effondrer ?
- le traitement a-t-il été efficace ?
- est-il nécessaire de faire un traitement de rattrapage ?

Mesurer l’infestation, c’est être en capacité de compter les varroas dans le couvain mais aussi sur les abeilles adultes.

- [bleu]sur le couvain[/bleu]

Pour cela, il est nécessaire d’ouvrir 200 cellules. Si les seuils suivants sont dépassés, il y a danger :

  • couvain d’ouvrières : 10% ;
  • couvain de mâles : 50%.

- [bleu]sur les abeilles adultes[/bleu]

Une des méthodes les plus simples consiste, en période hors traitement, à glisser un lange ( feuille de papier ou de carton, enduite de saindoux par exemple), sur le plancher et de compter les varroas au bout de quelques jours.

L’effondrement de la colonie est prévisible, en fin de saison, si le nombre de varroas est supérieur aux valeurs journalières suivantes :
- hiver : 0,5 ;
- printemps : 6 ;
- début d’été : 10 ;
- milieu d’été : 16 ;
- fin d’été : 33 ;
- automne : 20.

Pour les ruchers de moins de 10 colonies, il est préférable d’effectuer ce comptage sur toutes les colonies car l’infestation peut varier fortement entre 2 colonies voisines.

Il existe d’autres méthodes de comptage, comme le lavage de 300 abeilles (détergent, sucre glace, ...). Si le nombre de varroas est inférieur à 15, l’infestation est peu sévère. Une étude canadienne montre que 2 acariens pour 100 abeilles suffirait pour réduire de façon significative la production en miel de la colonie.

[bleu]4 le traitement[/bleu]

Les abeilles qui naissent en fin d’été doivent vivre jusqu’à ce que les nouvelles abeilles de l’année suivantes soient en capacité de prendre le relais. Ainsi, si la reine commence à pondre vers le 15 février, les premières nouvelles abeilles seront en mesure de pouvoir butiner à partir de la fin mars mais leur nombre ne sera suffisant qu’à partir du 15 avril.
Ainsi, les abeilles nées en septembre de l’année précédente devront au moins vivre jusqu’au 15 avril suivant. Leur durée de vie devra alors être de 210 jours, à minima.

Ces données sont susceptibles d’évoluer pour tenir compte de la météo printanière.

En conclusion, les abeilles qui naissent après le 1° septembre devront être les plus saines possibles, c’est à dire ne pas avoir été altérée par varroa.

Entre la ponte de l’œuf et la naissance de l’ouvrière, il s’écoule 21 jours. En conséquence, pour obtenir des abeilles saines, le traitement contre le varroa devra être réalisé, au plus tard, avant le 15 août c’est à dire avant l’operculation de la cellule contenant la larve d’ouvrière, aucun traitement bénéficiant d’une AMM (autorisation de mise sur le marché [2]), en dehors de l’acide formique, ne permet d’atteindre le varroa à travers l’opercule.

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Si, après traitement, la chute journalière de varroas reste supérieure à 1, il convient de réaliser un traitement d’hiver, en période hors couvain, à base d’acide oxalique, afin de tenter d’éliminer les varroas phorétiques.

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Le virus des ailes déformées (DWV : deformed wing virus)

Le virus des ailes déformées est une maladie contagieuse.

Les abeilles naissent avec des ailes atrophiées qui ne leur permettent pas de voler.

Présent dans 97% des ruchers de France, il se multiplie dans varroa. Sa transmission se fait par varroa aux abeilles mais aussi d’abeille à abeille (ovaire, sperme, nourriture larvaire). Ainsi, les jeunes abeilles qui nourrissent les larves peuvent transmettre le virus aux futures abeilles.

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La loque américaine

La loque américaine est une maladie contagieuse classée dans les dangers sanitaires de première catégorie, à déclaration obligatoire.

C’est une maladie grave du couvain, causée par une bactérie spurulante Paenibacillus larvae. Elle infecte les larves âgées de 2 à 3 jours voire 4 jours, non encore operculées.

Une dizaine de spores suffisent à initier l’infection. Les spores germent dans l’intestin moyen 12h après l’ingestion, puis le colonise massivement avant de pénétrer dans les cellules et l’hémolymphe. Ensuite, la cellule s’affaisse...

Les spores sont extrêmement résistants :
- 35 à 40 ans dans le milieu ambiant, sous forme d’écailles ;
- plus d’un an dans le miel ;
- à la fermentation et à la putréfaction ;
- aux basses températures (congélation) ;
- 8h00 à 100°C de chaleur sèche ;
- à l’ébullition ;

    • 10 à 15 mn, en suspension dans l’eau ;
    • 30 mn dans le miel ;
    • 15h00 à l’exposition directe de l’oxyde d’éthylène ;
    • aux solvants type benzène (extraction des spores des cires) ;
    • aux UV.

Pour traiter les colonies infestées, il convient de procéder à une mise à nu de l’essaim, par transvasement, les antibiotiques étant inopérant sur les bactéries, car ils n’agissent que sur leur forme végétative sans éliminer les spores. Dès l’arrêt des traitements, les symptômes peuvent donc réapparaitre.

Des solutions alternatives sont actuellement testées comme la sélection de souche d’abeilles au comportement hygiénique amélioré, le recours à des bactéries antagonistes ou bien le traitement avec des substances naturelles antibactériennes, des huiles essentielles, des plantes, etc...

Enfin, le matériel utilisé doit obligatoirement être désinfecté :

- à la flamme (ruche, lève cadres) ;
- à l’eau de Javel (15 mn à 20°C).

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Le nourrissement automnal

Le nourrissement automnal a pour objectif de faire produire un minimum 5000 abeilles d’hiver, après le 15 septembre.

Après la récolte, la ponte de la reine est stimulée régulièrement, en sirop 50/50 (sirop léger : 50% d’eau et 50% de sucre), par petites quantités (1/4 à 1/2 l). Cette stimulation doit être engagée suffisamment tôt de façon à ce que les abeilles d’hiver n’aient pas à prendre en charge une ponte tardive. Cela leur ferait perdre leurs réserves et réduirait leur durée de vie. De même, les jeunes abeilles seraient insuffisamment préparées pour hiverner.

Après le 15 septembre, le nourrissement sera, si nécessaire, prolonger avec un sirop lourd (75% de sucre et 25% d’eau) de façon à compléter les provisions hivernales. Le stockage doit être effectué par les abeilles d’été, les abeilles d’hiver ne devant pas être vieillies prématurément, afin qu’elles conservent toutes leurs qualités à la reprise de la ponte de la reine, en février de l’année suivante, notamment pour les nourrices qui doivent produire de la gelée royale dans leur jeune âge (entre 5° et 14° jour), indispensable à l’élevage des jeunes larves...

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Examen pratique de 5 colonies au rucher du Potier

Elle a permis de mettre en évidence plusieurs points abordés lors de la matinée :

- absence de couvain dans une colonie ;
- présence de varroas :

    • dans plusieurs cellules d’ouvrières ;
    • quelques larves avec des ailes atrophiées ;
    • larves avec des abdomens :
      • raccourcis ;
      • lisses et noirs.


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